Si la F1 a quitté TF1, c’est parce que Canal+ proposait une couverture différente

Si la F1 a quitté TF1, c’est parce que Canal+ proposait une couverture différente

 

Dix-neuf ans après sa dernière apparition en tant que commentateur, Alain Prost reprend du service lors des deux prochains Grands Prix, en Espagne et à Monaco. Consultant sur Canal+ depuis l’an passé, le quadruple champion du monde de F1 remplace Jacques Villeneuve, le titulaire du poste, retenu par ses obligations de pilote.

 

 

Alain Prost, pourquoi ce retour aux sources après tant d’années, vous qui avez commenté les Grands Prix sur TF1 en 1992, puis entre 1994 et 1995?

L’année dernière, Canal+ m’avait déjà proposé d’être commentateur mais comme je ne pouvais pas être présent physiquement sur toutes les courses, j’ai décliné. C’est pourquoi j’ai accepté d’avoir un rôle de consultant global. Je préfère avoir ce recul sur les événements, qui me permet d’expliquer les choses, de faire preuve de pédagogie. Cette fois, c’est un peu différent. Je le fais pour aider Canal+, car Jacques Villeneuve est retenu par d’autres obligations [celui-ci participe au Championnat du monde de Rallycross et aux 500 miles d’Indianapolis, NDLR]. Mais c’est ponctuel, je ne souhaite pas le faire de manière régulière.

 

Que vous inspire le début de saison, marqué par la domination de l’écurie Mercedes?

On s’attendait à une redistribution des cartes. Le changement de réglementation a été profond. Tout a été modifié. Si aujourd’hui Mercedes domine tant, notamment sur le plan des moteurs, c’est parce qu’elle a été la plus rapide à être au point. L’équipe a accompli du très bon travail, c’est indéniable. Renault, en revanche, est un peu en retard par rapport à son programme initial. Ce que l’on va voir, à partir du Grand Prix d’Espagne, représente une étape importante de la saison.

Le nouveau règlement, marqué notamment par le passage du V8 atmosphérique au V6 Turbo, vous satisfait-il?

Il est très difficile de répondre à cette question. Déjà, ce changement a été décidé il y a plus de trois ans et selon que l’on soit une écurie en position de force ou de faiblesse, on ne voit pas les choses de la même façon. Certains critiquent le bruit que font les moteurs, estimant qu’il n’aurait rien fallu changer. Durant l’hiver dernier, j’avais précisé que le vrai challenge serait aussi médiatique. Pour ma part, je n’aurais pas modifié le système d’attribution des points sur le dernier Grand Prix de la saison, mais il fallait faire évoluer tout ce qui concerne la technique. La F1 doit s’adapter aux exigences des temps modernes, point qui n’a pas été compris par tout le monde. Les motorisations d’aujourd’hui correspondent plus à ce qu’on aura à l’avenir dans les voitures de série. Souvenez-vous de ce qui se disait en janvier: «pas une monoplace ne terminera un Grand Prix!» Au bout de quatre courses, on constate que les moteurs n’ont jamais été aussi fiables. Ils sont aussi puissants qu’avant et consomment 30 à 40 % de carburant en moins. C’est une vraie prouesse technologique. La période économique est difficile pour la F1, mais elle l’est pour tous. Il fallait donc procéder à un tel changement, sinon la discipline allait le payer tôt ou tard. Elle avait déjà perdu un certain intérêt ces deux dernières années.

 

«Je souhaite toujours que la France retrouve un jour un Grand Prix, mais je ne veux plus être impliqué dans l’opérationnel»

De plus en plus d’événements sportifs sont diffusés sur des chaînes payantes: le déplorez-vous?

Si j’enlève ma casquette Canal+, c’est quelque chose que je ne peux que constater. Je comprends les gens qui ne peuvent pas se payer un abonnement. Mais si la F1 a quitté TF1 pour Canal+, c’est parce que cette dernière proposait une couverture différente.

Mais les audiences des Grands Prix sur Canal+ sont bien inférieures à ce qu’elles étaient sur TF1…

Ce n’est pas comme ça qu’il faut le voir. Si on compare les retransmissions, il ne faut pas prendre que la course, mais toutes les émissions proposées par Canal+, le dimanche soir, en semaine, de même que les essais libres et qualificatifs… Pris dans sa globalité, ce dispositif est largement au-delà de celui que proposait TF1. Maintenant, les deux chaînes ne touchent pas le même public, celui de Canal+ est plus averti.

En dehors de votre collaboration avec la chaîne cryptée, que devenez-vous?

Je suis toujours ambassadeur de Renault, avec un rôle plus élargi à l’international. Je travaille également sur un autre projet qui me tient à coeur, celui de la Formule E, ce nouveau championnat 100 % électrique qui verra le jour en septembre prochain. Je suis co-fondateur et actionnaire de l’écurie e-Dams, avec mon ami Jean-Paul Driot. Il ne faut surtout pas la comparer avec la F1, la Formule E doit pouvoir vivre à côté. Une dizaine de courses sont prévues, dans les centres-villes de grandes métropoles: Pékin, Bangkok, Buenos Aires, Los Angeles, Miami, Monaco, Berlin ou encore Londres. Ce championnat sera un vrai laboratoire pour la voiture de demain. Il n’y a rien de mieux que la course automobile pour développer la technologie de l’électrique et des batteries.

Par le passé, vous vous êtes investi dans l’organisation d’un Grand Prix de France de F1: est-ce toujours le cas aujourd’hui?

Les choses sont claires: je souhaite toujours que la France retrouve un jour un Grand Prix, et je supporterai un projet cohérent, mais je ne veux plus être impliqué dans l’opérationnel. J’ai été trop déçu par ce qu’il s’est passé ces dernières années. D’après ce que j’ai pu lire dans la presse, Bernie Ecclestone aurait repris contact avec les gens de Magny-Cours.

 

 

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